Last Updated on 15 octobre 2025 by mael
Il y a des jeux que l’on chérit en silence. Des titres qui ne font pas la une des magazines, qui ne remplissent pas les Twitchs ou les YouTubes, mais qui occupent une place toute particulière dans notre cœur de joueur. Pour moi, ce sont les jeux d’aventure narratifs, et plus précisément ceux du genre point-and-click. Un style un peu oublié, souvent moqué pour ses mécaniques datées, mais qui, quand il est bien fait, offre des expériences de jeu intimes, drôles et souvent profondes.
Tout a recommencé pour moi avec Return to Monkey Island, qui a ravivé cette flamme nostalgique que je croyais éteinte. Le retour de Ron Gilbert, les dialogues malins, les énigmes farfelues, ce monde absurde et plein de charme… Ce n’était pas seulement un jeu, c’était un petit miracle. Et pourtant, l’effet de vague espéré n’a pas vraiment eu lieu. Le genre reste dans son coin, adoré par une poignée de passionnés, ignoré par les algorithmes.
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ToggleUne passion née dans les années 90
Comme beaucoup, j’ai découvert ce genre un peu par hasard, à l’époque des CD-Rom fournis dans les magazines ou des jeux installés à la va-vite sur un vieil ordi familial. Broken Sword, Runaway, The Longest Journey… À cette époque, ce n’était pas tant les graphismes qui comptaient que la capacité d’un jeu à me raconter une histoire, à me laisser prendre part à une enquête, un dialogue, une énigme.
Plus tard, The Walking Dead de Telltale m’a mis une vraie claque. C’était autre chose, une autre manière de jouer. Plus fluide, plus émotionnel. The Wolf Among Us, Tales from the Borderlands, puis Life is Strange m’ont confirmé que le récit pouvait primer sur l’action. Même si, au fond, ces choix que l’on fait sont souvent des illusions, ils suffisent à nous impliquer émotionnellement. Et c’est là toute la magie.
Pourquoi je continue à aimer ces jeux ignorés
On pourrait penser que c’est purement nostalgique. Que j’aime ces jeux parce qu’ils me rappellent une époque. Mais ce n’est pas tout à fait ça. J’aime surtout leur rythme. Leur capacité à me laisser souffler, à me donner du temps pour réfléchir, explorer, comprendre. Pas besoin de réflexes, juste de curiosité et de patience.
Et puis, oui, le genre a ses défauts : les énigmes absurdes, le pixel introuvable, les choix aux conséquences limitées. Mais il a aussi sa profondeur, son humour, et cette façon unique de nous impliquer dans un récit. Grâce à des studios indépendants et au soutien de communautés passionnées sur Kickstarter, il continue de vivre, à l’écart des projecteurs.
Quelques pépites à découvrir absolument
Parmi les plus belles surprises récentes, The Drifter m’a littéralement happé. Un thriller sombre et tendu, où vous incarnez un vagabond confronté à une résurrection inexpliquée après avoir assisté à un meurtre… et l’avoir subi lui-même. Ambiance pesante, dialogues brillants, doublage impeccable, énigmes équilibrées : c’est du grand art.
Autre coup de cœur : Loco Motive. Un petit bijou à l’esthétique pixel art délicieuse, qui nous emmène dans un train des années 30. Entre humour british, meurtres mystérieux et puzzles malins, ce jeu m’a fait sourire, réfléchir, et même relancer une partie rien que pour le plaisir. Un véritable hommage aux classiques du genre, tout en étant très actuel dans sa manière de raconter.
Si vous aimez les expériences plus introspectives, plongez dans NORCO, une dystopie poétique et cyber-gothique, où les fantômes du sud des États-Unis rencontrent la critique sociale. C’est dense, exigeant, mais profondément marquant.
Dans un registre plus folklorique et glaçant, The Excavation of Hob’s Barrow vous entraîne dans une campagne anglaise lugubre, avec un récit lent mais captivant, des ambiances sonores soignées, et une tension qui monte crescendo.
Et si vous aimez les jeux de déduction pure, ne passez pas à côté de The Case of the Golden Idol. Un bijou de logique à l’ancienne, entre Return of the Obra Dinn et un Cluedo qui aurait lu trop de romans victoriens. Chaque scène est un puzzle à recomposer à partir d’indices éparpillés, et c’est incroyablement gratifiant.
Redonner sa place au récit
Ces jeux ne feront pas exploser votre carte graphique. Ils ne vous vendront pas de skins ou de passes de saison. Ils ne vous crient pas dessus toutes les dix secondes. Mais ils vous racontent quelque chose. Quelque chose d’humain, de drôle, de mélancolique parfois.
Et même si le point-and-click n’a plus la côte, même s’il reste un plaisir de niche, je continuerai à le défendre, parce que j’ai rarement ressenti autant d’émotion que devant ces petites histoires jouables, oubliées par le grand public… mais pas par moi. Ni, je l’espère, par vous.